Budapest. Blaha Lujza Tér. 2007. Ce nom, d’une station de métro de Budapest réveille mon goût du calembour, mélancolique et prédateur, mélancolico-obsessionnel :

Blaha aurait perdu la Terre et même, soyons plus gramaticalement juste, la perd en direct, sous nos yeux ; bien que nous n’ayons rien vu ? Avons nous vu quelque chose ?
Blaha, héros sans intérêt, à la fois supra terrestre et infra réel, personnage de bande déssiné, de mauvaise science-fiction, au mieux d’un humour décalé, petit aventurier d’entre les réels, ce Blaha là, mauvais héros et dans un franglais improbable, “loose la Terre”.
Blaha loose la Terre, c’est donc un fait, même s’il manque d’acuité. Et ce direct suspendu, toujours différé - en même temps catastrophique et irrémédiable - est immédiatement suranné et vain.
Blaha a toujours lost la Terre. Ça nous l’aurions su déjà, si Blaha était de notre univers immédiat, ou si nous y avions pris quelque intérêt, justement, à ce qui le constitue ou s’y insère. Mais Blaha nous ne le connaissons pas et il est fort probable que nous n’aurions rien voulu en savoir si nous avions été avertis que Blaha jouait de nous, ou du moins de cette planète (comme jeton ?) bien que d’une manière qui nous échappe. Mais tous ces échappatoires nous vont si bien. D’ailleurs, a-t-il perdu d’autres planète ?
Mais là nous nous arrêtons à ce que Blaha nous a perdu ça, sans nous en référer en quoi que ce soit.
Ok, Blaha est pire, mais piètre aussi. Au départ, cette nouvelle est improbable, certes. On ne peut néanmoins plus ignorer qu’elle ne nous surprend que dans un effet de résignation à ne plus vouloir ni jouir ni souffrir, sans pouvoir pour autant si résigner.
Nous sommes, nous voilà donc rattrapés par l’invraisemblance d’un mauvais coup que nous ne redoutions que pour mieux en être, par anticipation blasés.
Celui qui nous a perdu cette Terre est un parfait crétin, improbable, bien que malvenu ? Pour la perdre à notre place ?
Car Blaha est extraterrestre, même si ce n’est pas tout à fait certain. Mais en fait, si, ça l’est (bien que). On pourrait trouver des versions qui nous parleraient d’une origine lointaine, en fait terrestre, mais cela n’a aucun intérêt et d’ailleurs, tout de suite, ça n’en a plus. Car dès qu’un début de scénario se construit, il devient fade, déjà loosé par Blaha. Blaha a tout perdu et rien ne se passe vraiment qui ne soit déjà inscrit dans la dette de facto et de jeu de Blaha. De Blaha ce looser qui nous a loosé, nous loose, nous et notre Terre, nous relooserait si il y pouvait.
Une seule certitude, mais comme tout dans ce maintenant?, molle : Blaha, cette Terre là, il l’a perdue comme un looser même pas suberbe qu’il est, dans un pari sans ampleur.
Blaha a cette dette de jeu dans ce maintenant?, l’a eu et l’aura.
Et cette dette de jeu, c’est nous.
Nous attendions une catastrophe. Nous avons Blaha et notre existence suspendue à sa dette sans que nous n’ayons rien signé, ni même vendu. Du moins, pas à Blaha à ce qu’on s’en souvienne. Non ?
(Ces petites résistances, ces débuts d’argumentation juridiques sont imparfaitement inutiles.)
(Car Blaha est un sacré poète raté.)
Sa mélancolie essentiellement exprimable en images est désormais? un ton en dessous. Comme si toutes les images donc-désormais? possibles se décomposaient légèrement, floutées et mal imprimées, en images-monnaie de singe d’un univers dévalué, qui à chuté d’un cran : Les couchers de soleil, dès cet instant maintenant? inscrits dans un présent? maintenant? perdu devenu permanent?-perdu, auquel nous sommes condamnés comme dans l’entre d’un purgatoire qui empire, se stabilise en quelques sorte, sont, dans ce maintenant? ternies. Les images qu’on en peut, en maintenance capter, sont toujours prises, par exemple, quelques secondes après les derniers feux du soleil, toutes les images de notre vie sont ratées, plus rien ne tombe à point, tout est troué par la touche un peu fade d’un déjà là quelconque, traces de choses qui n’arriveront plus vraiment? – la conscience troublée de cette perte sans gloire, inutile et diluée, a remplacé toute joie? et toute immanence?.. En procuration et remise…
(Ici? quelques images? sur? Facebook?, ratées? évidemment? Pâles copies)
Plus rien ne peut conjugeur le verbe être, ni activer le verbe devenir ; Advenir ? n’en parlons pas.
Un nouveau, un mauvais temps nouveau à été “trouvé”, trouvé? troublé par Blaha, décliné, chuté du verbe être (et même être?) : “N’être-de-dette”, mais ça n’a plus rien, désormais, d’excitant. Car l’art moribond est re mort. Est-ce une apothéose molle ?
Difficile de savoir si un peu de nouveau, un antidote, peut, pourrait ou pourrirait, grammaticalement, resurgir de nouveau ; d’où?-ça ? Comment ?
Il y a quelque chose de gâté, ça c’est sûr. Et il est très improbable que nous n’en sachions jamais beaucoup plus. Rien pour autant de définitif n’en découle, si ce n’est cet engourdissement, presque insaisissable, inajustable, sans qu’on n’en puisse, non plus, parallèlement (mais d’un parallèle faussé), rien ignorer.
Tout ça, à la fois se décline et ne se répète pas vraiment, bien qu’un peu et de plus en plus, certainement, se dilue :
Reste certainement-certainement, des drogues. De celle qui engourdissent sans faire perdre la raison, dans le ton du ça? Du deçà de Blaha qui a loosé tout ; n’importe quoi et le reste qui nous cernant nous concernait.
Même? l’addiction n’y vaut plus tripette. Nous sommes coincés (nous?) dans le catalogue d’un artiste contemporain à la remorque qui a refait le monde à l’image de son humour post ready-made, un peu suffisant et pseudo décalé – Un artiste qui a déjà vendu ces images, ses oeuvres, à un mafieux de seconde zone (en fait, les a perdues au jeu, mais en conséquence, la matière maintenant disparue de ces mauvaises images) – qui de plus, c’t'artiste de pacotille, ce resquilleur, est d’un autre système stellaire et dont l’évidence inconnue ne nous surprend même pas – Pas même en pétant. Le ferait-il ? Ne créerait pas un trou dans l’air…
Pour être loosant, c’est loosant.
La pauvre Blaha Lujza ne méritait pas ça. Car Blaha Lujza a chanté, elle a dansé ; à la Belle Epoque.
Je suis désolé.
Je m’excuse auprès de tous mes amis hongrois, auprès de tous les hongrois et même de leurs voisins, auprès de tous les centre-européens. Je ne le ferais plus.